Entretien avec Henri Emmanuelli paru le 11 septembre dans Libération. Propos recueillis par David Revault D’Allonnes.
L’ « offre publique de débat » formulée dimanche par François Bayrou en direction de la gauche, constitue-t-elle à vos yeux une avancée ?
« François Bayrou a dit dimanche la seule chose qu’il pouvait dire. Après avoir pratiqué un antisarkozysme musclé, la route à droite lui est coupée. Il ne lui reste donc plus qu’à essayer de siphonner l’opposition. Bayrou ne nous fait pas une offre, il emprunte la seule issue qu’il lui reste ! »
Peu emballé par les prescriptions de Martine Aubry visant à rénover le PS, Henri Emmanuelli estime que les socialistes doivent avant tout répondre aux inquiétudes des Français. Entretien JDD.
On vous a peu ou pas entendu vous exprimer au sujet du PS après l’université d’été de La Rochelle. Pourquoi ?
Parce que je n’avais pas envie de parler. Et pour tout vous dire, je ne me suis même pas déplacé à La Rochelle pour ne pas subir une fois de plus cette actualité qui est aujourd’hui co-produite par les médias et les politiques. C’est une manière de faire que je trouve affligeante et à laquelle je ne souhaite absolument pas participer. Je prends un exemple : j’ai lu que Vincent Peillon avait fait à Marseille "une déclaration historique" en prônant une alliance - impossible - qui irait de Bayrou à Besancenot. Mais je m’écroule de rire ! On parle de quoi, là ? On brasse de l’air, et ce, dans un seul but : faire le tour des plateaux de télévision…
Pas forcément de bonne heure, ni de bonne humeur : Henri Emmanuelli n’a tout de même pas traîné hier matin pour réagir aux propos de Xavier Bertrand. À la veille des universités d’été des jeunes de son parti, le patron de l’Union pour un Mouvement populaire ne s’était en effet pas privé de marcher sur les plates-bandes de la Rose depuis Seignosse... De quoi provoquer et donc fâcher le député et président du Conseil général. Tout en colère rentrée, le porte-drapeau des socialistes landais répond donc point par point aux attaques portées. Pour défendre son territoire, a priori plus qu’hostile à l’ennemi.
Ce n’est pas la première fois que l’on vit un moment difficile, mais je crois que celui-ci l’est particulièrement. Et je le dis comme je pense, Martine : nous aurions dû prendre un peu plus de temps pour réfléchir à ce qui s’est passé dimanche dernier et décaler un peu cette réunion parce que, 48 heures après, je ne suis pas certain que nous ayons eu les uns et les autres le temps de faire les analyses nécessaires. D’autant plus que cela se passe à 17h00, que les derniers avions sont à 20h00 et que, depuis un moment déjà, j’observe des départs anticipés.
Si on pouvait avoir, pour l’avenir, puisqu’il faut se renouveler, se refonder, des habitudes de travail un peu plus sérieux, cela me conviendrait assez bien, même si je ne suis pas forcément le plus studieux.