Dès le mois d’août 2007, il était évident que « l’alignement » de la France sur les Etats-Unis était devenu, en rupture avec plusieurs décennies de consensus national sur le concept d’indépendance, le nouvel axe de notre politique étrangère. Tout l’indiquait : le choix des hommes comme les premiers actes du nouveau pouvoir.
Je faisais observer, à l’époque, que la nomination du ministre des affaires étrangères ne relevait pas simplement de la prétendue ouverture mais du choix de l’un des deux hommes politiques français ayant ouvertement prôné l’engagement de la France dans l’aventure irakienne aux côtés de M. Bush. Je relevais les premiers actes de ce nouveau pouvoir qui ne laissaient pas subsister beaucoup de doutes sur ce qu’allait être la suite. J’indiquais même, à l’adresse des nouveaux ralliés, qu’il y avait chez Monsieur Sarkozy, côtoyant une « habileté indéniable » - ce en quoi je me trompais - des « convictions idéologiques profondes » qui l’emporteraient – ce qui se révèle plus juste.
« Hélas, trois fois hélas », comme disait le général, moins d’un an après son élection, M. Sarkozy passe aux actes irréversibles : envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan et annonce du retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN.
Qu’est-ce qui justifie l’aventure afghane ? Il s’agit, nous dit-on, à titre principal, de prendre d’avantage de responsabilités auprès de nos alliés, dans « la lutte contre le terrorisme » ! Et d’aider, accessoirement, au développement et à la démocratisation de ce pays.
Qu’est-ce que la lutte contre le terrorisme ? Il y aurait beaucoup à dire sur le sujet, selon les époques, les situations, l’identité des acteurs et les justifications qu’ils affichent ou dont on les affuble. Oui, beaucoup : un ouvrage épais n’y suffirait pas. Je retiendrai, pour ce qui nous concerne aujourd’hui, qu’il s’agit d’un concept forgé par les néoconservateurs américains induisant, in fine, un affrontement civilisationnel du « Bien contre le Mal », du nord contre le sud, de l’Occident chrétien, pourquoi ne pas le dire, contre l’Islam, se substituant à l’affrontement des deux blocs aujourd’hui disparus. Sans oublier la maîtrise de l’énergie et du pétrole en particulier. Mais sur ce sujet, M. Dick Cheney veille.
Quant à la démocratisation par la force, au nom sans doute de ce détestable « droit d’ingérence » qui ne s’applique qu’aux adversaires réels ou supposés de l’OTAN n’ayant pas les moyens de lui résister, il s’apparente étrangement à la version ré habillée du « droit du plus fort ». Comment comprendre, autrement, que l’on puisse vouloir imposer par la force un régime - la démocratie - dont la principale caractéristique est qu’elle repose, justement, sur un contrat librement consenti entre ses citoyens ?
Celles et ceux qui ne l’auraient pas compris, ceux qui s’inquiètent de notre « alignement » et de ces errements seraient, nous dit notre ministre des affaires étrangères, des « passéistes » ! S’appuyant sur son extra lucidité au moment de l’affaire irakienne, qui, comme chacun sait, constitue à ce jour un remarquable succès, il en rajoute à l’encontre de toutes celles et ceux qui se rebiffent face au retour d’un manichéisme dangereux : « Ils se trompent lourdement de temps. Nous sommes au XXIème siècle et il faut recommencer de penser, pas seulement penser sur le passé » (sic). Comme si le XXIème Siècle avait vocation à convoquer l’An Mil ! Comme si l’obscurantisme et le confusionnisme étaient les marqueurs de la raison. A l’évidence, pour M. Kouchner, l’absence d’amour propre est compatible avec la vanité et penser ne veut pas dire réfléchir. On le vérifie aujourd’hui, ses déclarations guerrières sur l’Iran ne relevaient pas de la simple maladresse.
En réalité, par delà les morts qui sont déjà quatorze et dont je crains qu’ils ne soient demain nombreux dans ce bourbier dont aucune puissance militaire n’est jamais sortie victorieuse, l’aventure afghane n’a aucun objectif acceptable. Il s’agit, au mieux, d’afficher notre bonne volonté auprès de nos alliés américains dont le fardeau devient insupportable. Au pire, de s’inscrire activement dans l’absurdité de leur vision manichéenne du monde.
Reste le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN. Il n’est évidemment pas dissociable de l’affaire afghane. Mais il va bien au delà.
La question n’est pas simple. Déjà, depuis 1995, Jacques Chirac y pensait. Et l’on se souvient de sa tentative avortée de faire nommer un français au commandement en méditerranée. Par ailleurs, il est vrai que des militaires français participent aux différents commandements militaires ad hoc mis en place depuis la fin de la guerre froide. Mais tout est dans le « participent ». Car dans la réalité, il n’y a pas beaucoup d’ambiguïté sur les véritables détenteurs du pouvoir de décider.
Ce qui est insupportable, dans la décision annoncée de réintégrer le commandement militaire intégré de l’alliance atlantique, c’est que l’on veuille nous faire croire, de surcroît, qu’elle est conditionnelle et servirait l’avènement d’une défense commune européenne. « Nous ferons cela, nous dit l’ineffable M. Kouchner, si l’Europe de la défense a avancé ! »
Et pourquoi donc n’avancerait-elle pas, cher penseur de l’avenir, si la défense européenne commune, devenue de facto le pilier européen de l’OTAN, permettrait aux USA de partager avantageusement le fardeau des dépenses militaires tout en restant maîtres du pouvoir et de la technologie ?
L’idée n’est pas nouvelle. Elle s’était néanmoins heurtée, jusqu’ici, au bon sens et à la bonne foi de celles et ceux pour lesquels la construction politique de l’Europe est un véritable projet de puissance autonome, et non une simple pantalonnade atlantiste. Elle était rejetée par ceux qui ne partagent pas la vision anglo-saxonne de l’Europe : une zone de libre échange sous contrôle militaire et politique de l’OTAN, ou, si l’on préfère, des Etats-Unis. Car si la défense commune européenne devient le « pilier européen » de l’OTAN, il ne restera plus qu’à fusionner notre marché commun avec l’Alena et à se demander pourquoi il aura fallu attendre 60 ans, alors que nos amis américains étaient déjà là en 1945 et qu’il suffisait de leur demander de ne pas repartir !
Il ne s’agit pas seulement, comme le dit M. de Villepin, en charge désormais des dépouilles du gaullisme, de perdre dans cette abdication « des marges de manœuvre diplomatique et de risquer un certain nombre d’amalgames ». Il s’agit de bien plus, de l’essentiel : de notre capacité, en tant qu’européens, à exister librement. Non pas de notre passé, M. Kouchner, mais de notre droit à l’avenir.
Bonjour Monsieur Emmanuelli, Je ne suis militant dans aucun parti, mais je fais parti du peuple de gauche et bien-sûr, de la France d’en bas. J’ai toujours voté socialiste, pour Mr Mermaz dans ma jeunesse, puis pour Mr Perrier (suppléant de Mr J.P Cot et Maire de mon village). Je pense que le PS actuel a une tendance à être trop libéral (le libéralisme n’est pas fait pour le citoyen lamda, mais pour soutenir les plus aisés, voir le Busness) Aussi, je pense qu’a l’heure actuelle, vous seriez le mieux placé pour défendre le citoyen Français., et j’aimerais que vous fassiez entendre plus haut vos avis, plus souvent, plus fort, voir les crier, que tout ce remue ménage orchestré par les médias ( ???) autour du PS, SVP, faites des déclarations haut et fort contre tel ou tel sujet sans vous soucier de l’avis de Pierre ou de Paul, et remettez les valeurs de gauche à leur place. Merci, et excusez moi si je ne me suis pas exprimé correctement. M.Gaulon
Moi aussi, YR, je rêve d’un Die Linke à la française. Mais je n’ai pas entendu beaucoup de politiques prendre position pour, à part Mélenchon pour le PS, Gayssot pour le PC...
Pourtant si la gauche du non ne s’unit pas aux Européennes, ça risque de donner des choses un peu bizarres, non ?
Alors, c’est sûr, moi aussi, j’adorerais entendre Henri Emmanuelli nous redonner un peu d’espoir de ce côté.
Je vous félicite pour votre article que j’ai lu dans l’Huma. La politique des néo conservateurs US "Pour un nouveau de siècle" qui vise la domination du monde en créant ce qu’on pourrait nommer l’empire, et la vassalisation de la France en volte face de sa politique étrangère gaullienne précédente, sont très dangereuses pour la paix et la liberté.
Je suggère que vous réussissiez à faire chiffrer les dépenses militaires françaises, et notamment le contingent envoyé près de l’Iran et en Afghanistan. Donner une comparaison chiffrée frapperait nos esprits.
Vous représentez, avec quelques uns, l’aile gauche du PS : à quand un Die Linke français ? Qui peut le faire si ce n’est une forte personnalité du PS comme vous ?
http://fr.wikipedia.org/wiki/PNAC#Membres
Merci pour ce texte.
La concision, la justesse de ton, l’ironie voilée. Comment ne pas penser après cela que ce pays est dirigé par une sacrée tribu d’imbéciles utiles... Bush le Petit a dit ces dernières semaines que "la guerre était bonne pour les affaires " puis a ajouté qu’il était normal que la France paie le "prix du sang ". Nicolas le Petit s’exécute. Aux ordres, le nouveau toutou de Bush -le- fou, sait que lui n’en mourra pas. Honte à nous.
Membre du bureau du MRC Réunion, je lis avec beaucoup d’intérêt votre article ; il est évident que notre président veut faire les yeux doux aux Etats Unis et en particulier à son ami Bush ; il se prépare peut être une retraite dorée à l’abri de ses nombreux contradicteurs et opposants politiques le moment venu ; tout comme il y a une soixantaine d’années ceux qui se sont réfugiés en Amérique du Sud !!!!!!!!! Merci pour votre intervention, j’en souhaitais d’autres partis de gauche Cordialement A. BORT
Bonjour Camille,
Merci pour ton message. Peux-tu nous indiquer l’adresse de ton blog ?
Cordialement,
AW
bonjour je vous apprecie beaucoup a tel point que si un jour vous preniez la tete du PS je prendrais ma carte toute de suite. Malheureusement il est peut-etre trop tard. J’aimerais que vous jetiez un coup d’oeil sur mon blog ou sont inscrits des chroniques politiques afin que vous me disiez ce que vous en pensez. merci d’avance mes salutations distinguees
Lettre ouverte des petits, Alors, merci monsieur Sark..,on remet ça, nos fils,nos filles vont encore etre assassinés sur l’autel du fric et des devoirs d’Etat ? Défendre notre nation d’accord, mais, se poser en justicier dans des conflits qui ne nous regardent pas... ah si le petrole, et encore le fric..on dit remake ?en anglais ?Plus de fric chez nous, combien coute un fusil et la vie de nos jeunes qui je pense auraient plus a faire ici qu’a disparaitre au loin pour une cause perdu. et on y reviend ;Celui qui croyait au ciel et celui qui ni croyait pas...et re. merci madame mon institutrice de la force de tout votre espoir que vous m’avez communiqué pour ne pas devenir un mouton, et merci Monsieur Emmanueli de faire ressortir ce qu’il en reste.
comment justifier l’envoi de troupes en Afganistan, ce qui a un certain prix dont on ne nous parle pas d’ailleurs, alors que le gouvernement nous répète que "les caisses sont vides" d’autant plus que nous n’avons pas vocation à jouer les gendarmes du monde. ou alors pourquoi ne pas envoyer nos troupes d’élite chercher Ingrid làbas dans la jungle...
Vos lettres provoquent generalement ma colere de socialiste europeen, avec votre nostalgie de la gauche nationale et etatique de type programme commun de 1974 et votre nonisme irresponsable qui n’a fait que que freiner l’ Europe ses progres democratiques sociaux et ecologiques ... alors que les socialistes devraient etre selon moi a la pointe du combat avec les autres socialistes et sociaux democrates europeens et mondiaux... Mais la bravo vous avez tout a fait raison et sur la ligne que vous definissez on doit pouvoir faire le consensus de la gauche. C’est cette ligne a vision strategique et pacifique qui peut fonder une rassemblement durable de la gauche , bien plus qune conception partagee de l intervention economique de l etat. Plutot que de nous etripper sur des conflits nationaux et lnternes aux parti sur l’ opportunite d’alliance avec le modem ou la LCR, sur la definition dune gauche de gauche ou d’une social democratie a la francaise plus soviale que democrate quoique democrate... je suggererais que lon ait une aproche inverse. D abord decider de la stategie internationale : quelle strategie adopter dans le monde globalise pour faire avancer des politiques globales regionales (europe ) et locales (France) qui fcontribuent a faire progresser la paix le respect de lenvironment la liberte la justice la solidarite.... les options economiques et sociales europeenes et nationales seront les consequences de ces choix globaux.
Comment ne pas être d’accord ! Malheureusement, certains aspects du traité de Maastricht, aggravés par Nice, Barcelone et maintenus par Lisbonne ont été approuvés par le parti socialiste, ce qui nous donne une Europe à 27 (ou plus) avec des états sans tradition démocratique, certains prêts à partir en Irak ou ailleurs en échange de quelque aide américaine, et des modifications à la majorité qualifiée possibles seulement dans plusieurs années. Nos amis parlent de "réformer l’Europe"- quand cela sera-t’il possible ?En attendant, le projet de défense européenne autonome est mal parti !
Tout a fait d’ accord avec cet article. Nous revenons un siècle en arrière quant à l’ économie avec une droite arrogante et décomplexée qui se moque des "pauvres". Nous sommes dans le 3ème empire avec Napoléon IV le petit. Et de plus nous refaisons les croisades, la lutte de l’ occident contre l’ orient ....et c’ est nous les passéistes !!!!!
cher Monsieur Emmanuelli, à la lecture de chacune de vos lettres je rage qu’il n’y ait plus en France de parti Socialiste, à la lecture de celle-ci je rage encore davantage, pour la première fois de mon existence aux dernieres élections municipales j’ai voté Ligue Communiste Révolutionnaire parce que d’avoir à choisir entre la droite dure et ... somme toute : " la droite souple ", ne me convenait pas du tout. Je me demande si à force de dormir le PS un jour ne va pas être supplanté par la violence des gens qui n’ont plus rien à perdre. Il est sans nul doute encore temps pour que des Hommes censés et réfléchis comme vous Monsieur Emmanuelli se rassembliez pour ré-offrir au Peuple de France l’espoir et la dignité !
Sans compter qu’au moment où " les caisses sont vides " cela va côuter de l’argent à notre budget. J’ai personnellement vécu pas mal de "transformations" pour le savoir. Il y aura toujours pour le gouvernement la possibilité d’inventer de nouveaux prélèvements sur les petits revenus !!!
Il me parait important de pouvoir continuer dans le sens proné par monsieur Emmanuelli. Nous sommes Français avec une culture qui n’a rien à envier à ce monde Anglo- saxon , qui montre de jour en jour ces limites. Je ne veux pas de ce monde ni pour moi ni pour ma famille. Comment faire passer ce message d’une façon appréhendable par la majorité de ceux qui comme moi ne veulent pas ce qui nous est imposé aujourd’hui et qui n’ont accés qu’à des bribes d’informations troquées. La gauche doit , au délà de ses positions importantes prises hier en particulier, être proche de ce peuple qui est en attente sans bien savoir ce qui se passe exactement. La communication doit être ( facile à dire) plus basique , plus accessible à TOUS. Avec mes faibles moyens, je suis de tout coeur à tes côtés Monsieur Emmanuelli. Gérard
Oui je pense qu’il faut prendre l’initiative dans le PS et pour toute la gauche d’une initiative forte de protestations sur cette affaire .
il faut continuer dans ce sens, celui de la dénonciation de l’alignement français sur l’extrême droite américaine, et lancer une campagne d’envergure partout en France.
une ou un nouvel ami americain, va dans les mois qui viennent etre elu entre autres ,commandant en chef des forces armees de son pays . Quelle satisfaction pour lui d’avoir un nouvel allié militaire et financier. un de plus a s’enbourber dans l’illusoire lutte contre le terrorisme. merci monsieur sarkozy, c’est vrai qu’il ne nous manquait plus que cela pour parachever , la misere morale et intellectuelle dans laquelle vous nous plongez chaque jour un peu plus. Sans compter, celle qui touche de maniere evidente une partie de plus en elevee de nos concitoyens