« Je fais campagne dans le pays pour des millions d’électeurs pas pour les seuls militants socialistes » « Votre avenir, les jeunes, c’est l’Europe, ce ne peut un être un retour souverainiste. Mais encore faut-il que cette aventure de l’Europe constitue une belle aventure ». En lançant cette apostrophe, le député socialiste Henri Emmanuelli ne se trompe pas de cible : sur les quelque deux cents personnes venues l’écouter hier soir à Villeurbanne, pas loin de la moitié a environ 20 ans.
Il vient expliquer pourquoi, dans ce débat sur le traité européen qui « n’est pas pour ou contre l’Europe comme le font croire les partisans du oui », lui était pour le non.
Avec un véritable talent de tribun, le député landais égrène la longue liste de tout ce qu’il rejette dans le texte qui sera proposé le 29 mai à l’assentiment des Français. Au premier rang, s’il ne devait rester qu’un argument pour dire non, il place « la politique ultra-libérale » qui, à ses yeux, sera entérinée par ce traité. Jouant sur l’ambiguïté du terme de constitution il énonce d’abord un principe fondamental qu’il récuse : « Jamais à part celle de l’Union soviétique aucune constitution n’avait érigée des règles économiques en principes constitutionnels ». Le Traité européen le ferait, ce serait une catastrophe et il en assène aussitôt la preuve : « Même aux USA lorsque un secteur industriel est menacé, les droits de douanes viennent le protéger.
Avec la concurrence absolue qu’impose le traité ce ne sera pas possible ». C’est donc au nom de cette « bataille majeure pour l’emploi » que l’ancien premier secrétaire du PS s’est autorisé à « transgresser un petit peu » les règles de son parti. Mais lui qui, dans son discours, ne cesse de s’en prendre à ses camarades favorables au oui ainsi qu’aux autres socialistes européens, refuse de se laisser enfermer dans une dialectique partisane au nom « d’enjeux bien supérieurs ».
A-t-il violé la démocratie interne ? « Je fais campagne dans le pays pour des millions d’électeurs pas pour les seuls militants socialistes » répond-il en balayant la question. En début d’après-midi, Henri Emmanuelli avait tenu à se rendre à l’usine Bosch de Vénissieux « lieu symbolique, non des délocalisations mais du chantage à l’emploi ». Accompagné notamment de Yann Crombecque, responsable du « non socialiste » dans le Rhône et de Michel Peret, adjoint au maire, il y fut accueilli dans une atmosphère tendue. Si une partie de l’usine lui fut interdite d’accès, l’ancien président de l’Assemblée nationale put toutefois rejoindre le local CGT et y discuter avec quelques militants.